Quels sont les principaux stéréotypes au sujet du Dandy ?
Bonjour,
La dernière fois nous nous sommes interrogés sur la place du Dandy sur Instagram. Nous avions constaté que le Dandy reste encore aujourd’hui un terme méconnu et que son image est réinterprétée surtout comme étant en lien avec le vêtement masculin. Peu de gens parviennent à définir le dandysme correctement et l’associent de manière floue au monde de la Mode. Mais d’où vient ce stéréotype ? Depuis mon premier article sur la question j’ai toujours insisté sur le fait que le Dandysme n’est pas un style vestimentaire mais une pensée philosophique. Mais alors pourquoi le relie-t-on tant au vêtement ? Il y a-t-il eu un type de costume dandy ? Pourquoi en retient-on une image si Fashion ? Pourquoi tant de clichés ?
Salut à tous ici Quentin de Cosculture pour votre bon plaisir et aujourd’hui nous allons nous pencher sur les clichés autour du Dandy.

A.− [En Angleterre, au début du xixes.] « Jeune homme appartenant à un groupe de la haute société, qui réglait la mode. »
B.− [En France, à l’époque romantique] »Élégant qui se pique de suivre rigoureusement les modes. »
« Personnage dont le raffinement témoigne d’un anticonformisme et d’une recherche éthique, fondée sur le mépris des conventions sociales et de la morale bourgeoise »
DANDY, Lexicographie, https://www.cnrtl.fr/, consulté le 20/04/2020
Voici les trois premières définitions du Dandy sur le site du CNRTL et dés le départ on associe le dandy avec la mode bien qu’elles donnent au dandy trois rapports différents avec cette dernière. La première indique que le Dandy « règle » la mode. Ce qui sous-entend qu’il a une place d’arbitre des tendances vestimentaires. Paradoxalement la deuxième définition explique que le Dandy suit la mode. Il ne serait plus un actif mais un passif. Et la suite indique qu’il s’agit d’un « personnage » donc plus un rôle à interpréter et qui se distinguerait par son raffinement « anti-conformiste ».
Ces différences viennent du fait que ces définitions se sont établies à des époques différentes et des endroits différents. Il ne faut pas oublier qu’au tout début du XIXe siècle, le dandysme était un phénomène tout récent en Grande-Bretagne et que Brummell était à peine enterré qu’on estimait le Dandysme indissociable de la culture britannique et non exportable ailleurs. Jules Barbey D’Aurevilly jugeait même en 1845 que le caractère dandy était incompatible avec le caractère français et qu’ « il restera donc étranger comme la chose qu’il exprime » (tiré du livre « Du dandysme et de G. Brummel » par J.-A. Barbey d’Aurevilly, p.5) .
Le dandy : auteur du nouvel uniforme ?
Durant les premières années du XIXe siècle, le dandy apparaît au moment d’un contexte majeur que l’universitaire Frédéric Monneyron appelle « La Révolution Vestimentaire ». Evénement indissociable de l’élan de la Bourgeoisie Industrielle, elle est à l’origine du costume tailleur pour homme que nous connaissons aujourd’hui, en imposant une coupe simple et des couleurs sobres. Et il s’avère que l’un des principaux promoteurs de cette nouvelle identité vestimentaire était le Beau G. B. Brummell, premier des dandys.
Malgré une évolution de la coupe depuis 200 ans, l’idée du costume bourgeois « à la Brummell » reste la même. Coupe ajustée près du corps, épaules droites, revers du col présent, pantalon gris, blanc ou beige, posture droite, absence de motifs et chemise blanche avec col rigide. Cette recette vestimentaire représentée volontiers par Brummell devient très vite la nouvelle tenue du bourgeois commerçant, principalement de confession protestante et qui apporte une morale à sa tenue bien moins « chargée » que celle de son prédécesseur, le noble oisif fraîchement détrôné. Ce costume d’hier et d’aujourd’hui représente avant tout le sérieux, la droiture, le pouvoir et la moralité. Il suffit qu’il y ait le moindre détail anodin tel que des motifs, un ton de couleur trop vif ou un col de chemise trop souple pour épouser correctement une cravate et tout le caractère sérieux du costume bourgeois part en sucette.
Mais avant d’être considéré comme l’uniforme de l’époque contemporaine, cette tenue qu’arbore le dandy n’est pas du tout prise au sérieux, ni le dandy tout court d’ailleurs.
Ou source de ridicule ?
Ainsi dés ce début de siècle, deux images opposées se créent. D’un côté celle du bourgeois droit, austère et travailleur et de l’autre, celle du dandy dépensier, oisif et coquet. Il suffit de jeter un coup d’œil aux caricatures d’époques pour se rendre compte de l’image attribuée au dandy.
Ces caricatures dépeignent une image ridicule du dandy. Souvent appelé « fashionable », il est montré comme un consommateur excessif d’articles de mode et de toilette. On le voit souvent devant une coiffeuse, l’apanage des femmes, avec un haut de forme, le nouveau chapeau en vogue depuis 10 ans. On le montre tellement attaché à sa droiture qu’il est toujours représenté avec un col très haut qui maintient sa tête en l’air et qui lui empêche tout mouvement. Les caricatures insistent aussi sur la finesse de sa taille en le représentant lassé littéralement dans un corset, le sous-vêtement féminin par excellence (que même les femmes avaient laissé de côté pendant la parenthèse des années 1790 aux années 1810). Ceci lui donne un niveau de compression tel que cela l’empêche de se pencher pour ramasser quelque-chose par terre sous le regard amusé de tous. Il est montré également déshabillé avec tous les accessoires qui composent le costume qu’il met tant de temps à préparer avec ses faux poignets, son corset, son gilet, son col, sa cravate, son pantalon de lingerie ainsi que des petits paniers en toile qui, comme les paniers des crinolines pour dames du siècle précédent, étaient censés donner de l’embus à certaines parties de la silhouette. Et enfin, il est parfois représenté dans un petit appartement avec peu de moyens comparé aux vêtements qui occupent plus de place.
Tout ceci illustre l’excès de coquetterie du dandy véhiculé en partie par la réputation de Brummell dont la légende raconte qu’il mettait jusqu’à quatre heures pour s’habiller ou encore, qu’il se lustrait les bottes avec du champagne. Sa réputation le montre comme étant plus attaché à la dépense en vêtements sur mesure qu’à l’entretien de son logis, au point de finir désargenté et de s’exiler en France pour fuir les créanciers.
Le dandy ou « fashionable » (celui qui copie le dandy sans en avoir l’identité) conserve une image équivalente à celle du métrosexuel d’aujourd’hui, c’est à dire d’un homme soucieux de sa toilette dans une société où l’image et la réputation importent. Cette image prend à contre pieds certains clichés acquis. D’un côté, nous avons l’image qui montre le dandy tirant son élégance par la sobriété et qui ne nécessite donc pas autant d’accessoires pour être vu comme élégant. Et de l’autre on a une image du boulimique de mode qui ressuscite l’attrait pour le luxe que l’on n’avait pas vu depuis le XVIIIe siècle. Un surplus de luxe autrefois condamné par la morale religieuse et que le nouveau bourgeois reprend à l’ancienne aristocratie. Il devient en plus d’un arriviste, un nouvel « aristocrate » du vêtement qui dépense plus que ce qu’il ne gagne et qui n’hésite pas à faire crédit pour s’acheter des vêtements luxueux (pratique encore connue aujourd’hui de certains sapeurs au Congo et pas que, j’imagine).
Une réputation faite de contradictions ?
Le Dandy est par nature, fait de paradoxes. C’est ce qu’affirme le philosophe Daniel Salvatore Schiffer et c’est ce que confirme le Dandysme dés ses premiers instants sur terre. Bien qu’il prône une nouvelle idée de l’élégance avant tout morale de l’individu par la sobriété, il est en même temps, le nouveau consommateur d’une nouvelle gamme de vêtements et de toilette. Attaché au travail de son image (encore une fois non pour les autres, mais pour lui-même), le dandy « brummellien » semble vouloir investir pour mieux parfaire son personnage. Mais son « anti-conformisme » coûte du blé.
Que ce soit un théoricien du Dandysme ou un simple imitateur, il tient le vêtement comme nouveau moyen d’expression de sa personnalité et le luxe devient un objectif qui lui permettrait de mieux s’épanouir. Cette image de consommateur semble avoir été amplifiée d’un côté par la réputation autour de Dandys comme Brummell ainsi que par le copiage en série des « fashionables » et autres imitateurs. Durant ses premières années, il passe d’une contre-mode contestataire à une mode avec ses effets d’imitation et de répétition puis redeviendra marginal au fil du temps.
Mais là où l’importance accordée au luxe par le dandy diffère de celle pratiquée par l’aristocrate d’avant la Révolution, c’est que le Dandy entretient le luxe pour son ego alors que l’aristocrate semblait surtout le faire par geste sociale afin d’affirmer sa position au sein de la noblesse. Bref tout le contraire du Dandy qui selon ses caricaturistes, n’est pas dérangé à l’idée de vivre à crédit dans un petit studio tant que ce dernier peut s’habiller comme il l’entend. Ce même cliché du « dépensier » sera revendiqué par Wilde à travers son personnage d’Henry dans Le Portrait de Dorian Gray qui assume de ne pas payer ses factures en assumant : « Le crédit, voilà le capital d’un fils puîné et l’on en vit fort bien ». Une image de flambeur qui a longtemps été conservée à travers la Littérature.
Les années qui suivent montrent que le bourgeois garde le costume sombre « à la Brummell » mais qu’il continue d’investir certes dans le luxe et la coquetterie… mais pour son épouse, sa sœur ou sa fille, réduites au foyer et donc à la représentation de la puissance financière du chef de famille. Le fait que le Dandy investisse dans une toilette aussi poussée que ses contemporaines semble lui tailler une réputation « d’efféminé » et de « dépensier ».
Enfin, je conclurai aujourd’hui par une phrase de l’humoriste Dycosh dans son personnage de sapeur :
Oui je suis fauché. Mais j’ai du style !
Dycosh TV, « LA SAPOLOGIE #3 – Le Gang des Sapeuses », youtube, publiée le 23/07/2016

Bien à vous.
Sources :
- BARBEY d’AUREVILLY Jules, Du dandysme et de G. Brummell, Caen, 1845, disponible sur https://gallica.bnf.fr/, consulté le 18/04/2020
- BEAUDOIN Laurence, Le Dandysme déchu: Une analyse de la figure dandy dans la correspondance de Charles Baudelaire et celle d’Oscar Wilde, Université de Sherbrooke, 2019 ,https://savoirs.usherbrooke.ca/, consulté le 11/04/2020
- (blog) La mesure de l’excellence, Le dandysme par un dandy, entretien avec Massimiliano Mocchia di Coggiola, http://www.lamesure.org/, publié le 28/04/2019, consulté le 20/04/2020
- de BONNEUIL Pierre, Dandysme littéraire, http://www.dandy-magazine.com/, consulté le 20/04/2020
- BOULENGER Jacques, Le chic et les dandys, Editions High life taylor, Paris, 1909, disponible sur : https://gallica.bnf.fr/, consulté le 19/04/2020
- DARBONNEAU F. Savoir vivre ou mourir, adresse: françoisdarbonneau.free.fr, consulté le 22/02/2016
- DOLTO F. Le dandy, solitaire et singulier, suivi de Le dandy, une figure de proue, (entretien avec Patrick Favardin et Laurent Boüexière), Mercure de France, 1999.
- GINGRAS Delphine, LE DANDYSME BAUDELAIRIEN, UNIVERSITÉ LAVAL, HTTP://REVUEPHARES.COM/, 2018, consulté le 11/04/2020
- GREGOR Isabelle, Dandys, l’impertinence à la boutonnière, https://www.herodote.net/, Mis à jour le 15/04/2020, consulté le 20/04/2020
- MARGERIE G., MARTY O. Dictionnaire du Look, une nouvelle science du jeune, Editions Robert Laffon, Paris, 2011.
- SCHIFFER D. S. Le Dandysme, La création de soi, Éditions François Bourin, Paris, 2011.
- WILDE Oscar, Le portrait de Dorian Gray, éditions Le livre de poche, Paris, 2001, p. 75





