Le Dandy, essai 3 : un instagrameur ?

Aujourd’hui à l’ère d’Instagram, le Dandy est-il devenu un influenceur ?

Bonjour,

La dernière fois nous avons comparé le Dandysme avec le réseau Instagram. On a vu que ces deux entités révelaient chacune une forme d’individualisme. D’abord le Dandysme qui prime sur l’Individu (autant l’âme que le corps) et qui le place comme moyen d’émancipation et de création. Puis i’Individualisme d’Instagram qui s’applique par un auto-design c’est à dire la création. d’une image de soi afin de gagner en popularité. On peut donc penser que les deux sont liés et qu’Instagram hérite plus ou moins de l’individualisme amorcée par le Dandysme. Mais qu’en est-il réellement ?

Vous êtes prêts ?

Salut à tous ici Quentin de Cosculture pour votre bon plaisir et aujourd’hui je propose que l’on continue sur cette lancée et que l’on se penche sur la place du Dandy sur Instagram.

Qu’en disent les hashtags # ?

Il est curieux de se rendre compte à quel point ce petit symbole en croisillon utilisé d’abord pour les canaux de télécommunication soit devenu un si célèbre outil pour filtrer les informations. Beaucoup de travaux de recherches universitaires se penchent sur le hashtag et de sa première application contemporaine sur Twitter à la fin des années 2000. Aujourd’hui lorsque l’on parle à travers les médias d’une »personnalité publique » qui s’exprime sur Twitter comme sur Instagram, on souligne toujours les hashtags # qui précèdent ses propos. Il est désormais tant symbolique que fonctionnel.

Mais pourquoi tant de hashtags ? Il s’agit surtout de faire d’un mot écrit un moyen de filtrer et de regrouper tous les contenus présents sur le logiciel qui possèdent le même hashtag du même mot. C’est pour cette raison que sur Instagram, les posts sont suivis d’une bonne quantité de hashtags avec des mots plus ou moins en rapport avec la publication en question. Ces hashtags donnent une plus grande visibilité à la publication et à son auteur sans forcément passer par la communauté d’abonnés.

Je propose donc qu’on utilise ces hashtags pour voir comment le Dandy ainsi que d’autres mots associés, sont considérés sur Instagram. En commençant d’abord par classer les hashtags par ordre décroissant, du plus populaire au public plus restreint. Ensuite, nous nous pencherons sur le contenu des publications liées aux hastags.

Aujourd’hui accrochez-vous, car au grand bonheur de Gaston, il va y avoir beaucoup d’images.

« Comment tu peux lire ça ? Il n’y a pas d’images. »
-Gaston-

Alors défilez.

Voilà.

Sans surprise, parmi ces résultats classés de gauche à droite par ordre décroissant, le mot #dandy reste le plus populaire avec plus de 2 millions de publications liées. Il est suivi de #dandystyle (314 479 publications), de #dandylife (dans les 350 630) et enfin de #sapologie (le dandysme africain, avec 26 117 publications liées). En dessous de ça, on a les résultats moins importants tels que les différentes variantes du mot « dandysme » en Anglais et en Italien ainsi que #thechap (le mouvement Anarcho-dandy britannique). le #dandysme arrive en dernier dans la sélection (avec seulement 1379 publications liées).

Les résultats de l’analyse de ce classement s’établissent sur une durée indéterminée. Au fur et à mesure, les publications changent et leur nombre augmente. Il n’est pas dit que ce classement restera tel quel.

Pour l’instant, je vous propose parmi ces hashtags sélectionnés d’analyser d’abord les contenus les plus appréciés des 4 premiers hashtags.

  • Les publications les plus populaires du #dandy
  • publications populaires du #dandystyle

En allant sur le site voir les résultats en question et en nous rendant sur les posts que vous voyez ci-dessus, que pouvons nous en dire ?

  • Pour #dandy : le classement démontre que pour le public d’Instagram dans sa globalité, le dandy est surtout vu comme un mec bien sapé. Un homme qui porte des costumes plutôt classiques mais avec des détails et des allures qui les diffèrent de l’uniforme. Le « dandy » selon ces résultats est synonyme de « style » et de « mode pour homme ». Les descriptions des posts sont généralement suivies des hashtags #menswear, #menstyle #classicmenswear ou encore #mensfashion. Le dandy serait donc considéré comme un mannequin de la toile pratiquant un travail de pause, de photographie et de promotion marketing.
  • Pour #dandystyle : On reste dans la promotion du vêtement mais cette fois-ci avec des publications faisant plus de références au vêtement en lui-même à travers les hashtags tels que #bespoke ou #tailoredsuit, en gros des hashtags correspondant au vêtement sur mesure. D’autres publications mettent totalement le vêtement de côté pour se concentrer sur le mannequin et sur sa pause. Bien qu’il y ait un décor, on regarde essentiellement la personne photographiée qui concentre l’attention. Le mot « dandystyle » (qui est déjà un oxymore en soi) est utilisé sans véritables raisons. Mais on lui confère également une image d’érudit du vêtement et de la mise en valeur du corps de l’homme.
  • Pour #dandylife : Même topo. Des posts qui mettent en valeur le vêtement, d’autres qui mettent plus en valeur le mannequin. On a par contre plus de posts qui mettent autant en valeur le mannequin que son décor. Le mot « dandy life » pose plus une situation, un instant du quotidien de la personne photographiée. Ceci donne plus un résultat de publication à but esthétique plutôt qu’à but commercial. Selon ce classement, on pourrait en conclure que le « dandy », en plus d’être un homme bien habillé, visite de très beaux lieux.
  • Pour #sapologie : Le résultat semble différent. Ce hashtag concerne surtout une majorité de populations issues du centre et de l’ouest de l’Afrique, surtout du Congo d’où la S.A.P.E. est issue (le hashtag #brazza est d’ailleurs présent). Les publications présentent surtout les sapeurs avec des costumes classiques mais qui exhibent des détails qui tranchent avec ce qui est de coutume. Les sapeurs privilégient les couleurs et les motifs voyants. Alors que les costumes sombres et unis sont en majorité, on voit des vestons et des cravates plus « excentriques ». Les publications insistent également sur l’élégance des mannequins tant hommes que femmes.

En somme, le sens accordé au dandy par le public d’Instagram reste flou, d’où la multitude de hashtags qui n’ont pas forcément de lien entre eux. Le dandy reste associé au vêtement. Il est utilisé comme terme « fourre tout » pour promouvoir d’avantage un produit commercial et toucher un public dit concerné. Mais le hashtag #dandy est utilisé inconsciemment, que ce soit pour présenter un mannequin, pour montrer un bocal de weed (si…) ou encore pour montrer un filtre insta qui fait « rétro » (si si…). Les publications les plus proches du dandysme seraient les photos de pause dans des décors travaillés. Elles pourraient illustrer la volonté d’esthétiser le quotidien avec la combinaison du corps, de l’esprit, de l’habit, du geste et du lieu.

Mais le #dandysme alors dans tout ça ?!

Consulté le 11/04/2020

Le hashtag #dandysme comme nous l’avons dit conserve un public très restreint. On y voit des publications en lien avec les Arts graphiques telles que des photographies de nature morte ainsi que des portraits de dandy (homme et femme). Le thème des publications et des hashtags associés se réfèrent plus à la Littérature et à l’Art plutôt qu’à la Mode et au Luxe. Ce qui est cohérent car le Dandysme reste une figure littéraire très ancrée dans les écrits de Balzac, de Proust ou de Camus. Et surtout les décors sont travaillés pour la photographie. Ces publications dans leur globalité, s’inscriraient plus dans une volonté d’illustrer une ambiance ou une atmosphère plutôt que de montrer un objet précis comme un vêtement à vendre.

Au final, le dandysme reste méconnu du grand public. Que ce soit sur Google ou sur Instagram, le nombre de résultats concernant le dandy ainsi que sa philosophie reste trop restreint et maintient le dandy d’origine au rang de « d’idée floue ». Son nom est repris des millions de fois mais pour être dépossédé de son sens. On constate que beaucoup de gens utilisent ce mot mais pour essayer de catégoriser un type d’homme, d’habit ou d’élégance qui est très en vogue depuis ces dernières années et qui porte plusieurs noms officieux. Donc l’amalgame est récurrent. Le Dandy reste un fantasme flou d’homme élégant.

Pourtant, si l’on va voir du côté du blog spécialisé en élégance masculine, « Parisian Gentleman« , on peut lire un article distinguant le dandysme de l’élégance contemporaine.

Il y est écrit :

Seul Link peut vaincre Ganon.

Gwonam, « Link: The Faces of Evil« , Animation magic, 1993

Pardon…

Il y est écrit :

« Le souci d’élégance n’a rien à voir avec le dandysme. […] À cet égard, l’élégance est aux antipodes du dandysme : elle cherche l’harmonie et non le choc ; la proportion et non la discordance. »

John Slamson, « Du Dandysme à l’élégance » , https://parisiangentleman.fr/, publié le 29/01/2017, consulté le 14/04/2020

Il est vrai que parmi tous les résultats que l’on a vu jusqu’à présent sur Instagram, la majorité des publications illustrent des personnes à l’élégance sobre. Bien qu’ils portent des costumes autrement que pour une profession, les mannequins dans leur globalité, portent des costumes aux coupes conventionnelles qui correspondent à des canons de beauté en place depuis 220 ans. Le port de ces costumes n’est en rien un geste dissident contrairement au Dandysme qui reste une philosophie contestataire. Mais ceci peut être mis en lien avec « l’auto-design » d’Instagram qui est de s’exhiber pour être apprécié du plus grand public, sans prendre le risque de choquer.

Alors Instagram serait-il vraiment l’héritier du Dandysme ?!

Pas si sûr que ça. Le dandy reste avant tout une sorte de loup solitaire « sympathique » pour certains, « antipathique » pour d’autres. C’est à la base, un personnage littéraire inspiré de véritables personnalités mais dont le mythe transporté depuis Balzac, continue d’exister aujourd’hui. L’image du dandy s’est laissée transmettre jusqu’à aujourd’hui mais pour plusieurs raisons, une grande majorité ne sait plus la définir correctement. Et son individualisme que nous avons défini, n’est connu que par un public restreint.

Néanmoins, l’ego du dandy se diffère du culte de l’ego sur Instagram. Comme nous l’avons vu à travers les lectures et les photographies, l’ego d’Instagram se construit généralement en fonction des autres, du public que l’on souhaite avoir, d’où le terme « réseau social ». L’ego du Dandy lui, se construit par lui-même et pour lui-même. Il est connu pour un certain orgueil et une singularité qui parfois ne l’empêche pas de fréquenter un groupe social mais qui à d’autres moments, l’exclue de toute intégration. L’image des personnages antipathiques de Lord Henry Wotton et de Dorian Gray dans le roman d’Oscar Wilde en est un des quelques exemples. Le dandy existe surtout par fierté et par gout du tragique. Il est connu pour chercher à déstabiliser plutôt qu’à plaire au plus grand nombre et il n’a pas attendu Facebook pour profiter de son « moi ». Le fait que des auteurs aient décidé d’écrire des essais ou des romans inspirés de dandys réels n’a pas empêché les dandys de mener leur vie dandy. Alors que l’influenceur lui, est obligé de vivre par sa communauté et en fonction d’elle.

Surtout qu’Instagram reste avant tout une plateforme commerciale où l’on consomme des images et de la publicité à foison. Le Dandy lui a toujours eu une relation compliqué avec ce genre de commerces. Il est partagé entre l’image de l’héritier flambeur comme Brummell et celle du dissident qui se construit une distinction en rupture avec le luxe et le rang social comme Baudelaire.

L’ego du dandy se suffit largement à lui même et maintient une forme d’indépendance, d’où le fait que beaucoup de gens aient du mal à le cerner. Bien sûr, ça n’empêche pas des dandys de conviction d’entretenir un compte insta, mais ce n’est en rien un critère obligatoire et tout le monde n’adhère pas forcément à l’auto-design. Mais le culte du moi sur Instagram et le culte du moi par le Dandysme sont deux conceptions de l’égo très différentes. L’auto-design d’Instagram pourrait se résumer à l’expression « seuls ensemble » tandis que l’individualisme du Dandy pourrait se comparer à la maxime de Cyrano de Bergerac « Ne pas monter bien haut, peut-être mais tout seul« .

Et enfin, au milieu de cette masse de hashtags, de ce milliard d’abonnés ainsi que de cette course à la popularité propre à la Médiatocratie, je laisse Delphine Gingras conclure au sujet du dandy :

La révolte du dandy consiste à se distinguer dans un
siècle où plus personne ne se démarque.

Delphine Gingras,  » Le Dandysme Baudelairien », Université Laval, http://revuephares.com/, 2018

TIME !

Merci d’avoir lu jusqu’au bout et n’hésitez pas à me faire des retours.

Bien à vous.

Portrait du comte Robert de Montesquiou, d’après la peinture de Giovani Boldini de 1897, dessin au crayon réalisé en 2013 par oim

Corpus :

Les liens des hashtags Instagram utilisés pour écrire cet article :

Sources :

Sur les réseaux sociaux :

Sur le Dandysme :

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