C’est quoi le costume de théâtre ?

Oui c’est bien de vous parler de costumes de scènes etc et compagnie, mais je ne vous ai jamais posé cette question.

C’est évident me diriez-vous :

C’est un costume que l’on porte uniquement sur scène au théâtre.

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Merci.

Bon si vous suivez mes articles vous saurez me définir qu’est-ce qu’un costume. En résumé, il s’agit d’un ensemble de vêtements coordonné selon une fonction, un environnement et un système de codes précis. Le costume est ce qui permet de représenter la société et d’en classer les différents membres en fonction de leur âge, de leur sexe, de leur profession, de leur classe sociale, de leur loisir, de leur religion etc. C’est à travers ce système de représentations et de signes que le costume s’illustre en points de repères vestimentaires.

Salut à toutes et à tous, ici Quentin de Cosculture pour votre bon plaisir et aujourd’hui, on va se recentrer sur le costume de théâtre en lui-même et au sens qu’on lui donne aujourd’hui.

Pour cet article je vais beaucoup me baser sur l’exemple de Pascale Bordet, une costumière de théâtre parisienne ayant fait ses premières armes en 1982 à l’Opéra Garnier. Aujourd’hui elle continue de dessiner et de coudre des costumes pour des théâtres privés.

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Pascale Bordet (Source: regietheatrale.com)

Mais pourquoi parler du théâtre en particulier ?

Et bien le théâtre joue un rôle particulier au sein de la société, notamment en Europe. D’abord connue sous forme de spectacle religieux durant l’Athènes du Vème siècle avant notre ère, il est considéré chez nous comme étant l’un des plus vieux arts vivants. Combinant à la fois le travail de textes littéraires, du corps et de la voix, les arts dramatiques donnent aux artistes pratiquants, l’occasion d’interpréter des personnages différents et de raconter une histoire sur scène selon un fil scénaristique précis.

Travailler un personnage en tant qu’acteur nécessite donc un travail des textes, un travail de réflexion et d’imagination.  Le costume apparaît donc comme une « extension » qui fluidifie le jeu d’acteur mais qui sert surtout de point de repère au public afin d’aider à comprendre qui est qui. Même si on a sur scène, un jeu d’acteur travaillé, il ne sera plus facile de comprendre la relation entre deux personnages.

Cette « extension » a son importance au théâtre afin de marquer les jeux, les évolutions et les symboles que représentent les personnages. Comme l’affirme le metteur en scène Stéphane Hillel :

« Le costume est au théâtre ce que la boussole est à la marine. »

Ainsi, à travers ses connaissances et son système de mode, le public reconnait et réagit sur les différents personnages et leur rôle dans l’intrigue.

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Le Système Ribadier,
Pascale Bordet, « La magie du costume », éditions Actes sud, Paris, 2008, page 164

C’est ce qu’affirme la costumière indépendante Pascale Bordet lorsqu’elle travaille une tenue. Sur sa maquette figurent le dessin du costume prévu à l’aquarelle, les échantillons de tissu et des commentaires sur la façon dont on s’imagine le personnage, sa posture, sa dégaine, sa personnalité et même ses occupations. On le voit dans l’exemple ci-dessus un commentaire sur le personnage de monsieur Ribadier:

« Ingénieur des chemins de fer, séduisant, trompe sa femme et se croit malin d’avoir inventé sons système « ribadier » ».

Ce genre de commentaire s’illustre par un dessin qui nous renvoie aux images que nous nous faisons d’une tranche précise de la population et d’une époque précise.  Pour ce cas-là, il s’agit d’un « col blanc », représentant la bourgeoisie française de l’entre-deux guerre avec un costume sombre 3 pièces, un chapeau gris et une chemise blanche avec des boutons de manchettes. La posture, le déhanché léger, les mains dans les poches, la rose en boutonnière et la cigarette au bec illustrent le caractère à la fois élégant du personnage mais en même temps décontracté et assuré. On comprend donc qu’il s’agit là d’une personne aisée sans pour autant faire partie de l’aristocratie et de ses mœurs jugées très rigides. Cette conduite s’affirme à travers le jeu d’acteur dans l’image ci-dessous.

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Bruno Solo dans le rôle de Ribadier, mis en scène par Christian Bujeau, d’après l’œuvre originale de George Feydeau, au Théâtre Montparnasse, 2007, costumes de Pascale Bordet (Source: cinemotions.com)

Ce classement des comportements vestimentaires est dû à la façon dont nous percevons les gestes et les individus autour de nous. Que ce soit par le biais d’œuvres culturelles, de caricatures, de parodies, d’expériences personnelles, de rumeurs ou bien de médias. Nous en avons eu l’exemple avec la pièce Le Système Ribadier, une pièce qui parut en 1892 mais dont la direction artistique a transposé le contexte à une autre époque celle des années 1920-1930, période beaucoup plus populaire par sa fibre rétro et par ses problématiques qui nous semblent plus proches.

Qu’est-ce qui oppose un costume de théâtre d’un « costume » du quotidien?

Pour beaucoup de cas durant l’Histoire et même aujourd’hui, la frontière entre la scène et le quotidien semble très flou pour le costume. Il est coutume encore aujourd’hui de voir des acteurs utiliser leurs habits du quotidien afin de travailler sur scène. C’est surtout le cas des jeunes troupes, des troupes de théâtre amateur ou bien de compagnies qui n’ont pas les moyens de s’offrir les services d’un(e) costumier(e) ou d’un(e) couturier(e).

Mais pour des pratiquants du métier comme Pascale Bordet, même si la pièce se passe à l’époque actuelle, le souci de trouvaille et de confections des costumes reste indispensable, car déjà, un vêtement du quotidien n’est pas fait pour endurer ce que doit endurer un costume de scène (gestes sportifs, mouvements brusques, changements rapides, transpiration, forte exposition à la chaleur et à la lumière, lavages en machine fréquents). De plus, un vêtement du quotidien n’est pas prévu pour réfléchir la lumière de la même façon qu’un costume de théâtre. Comme l’explique la costumière :

« Un vêtement blanc, par exemple, ne peut jamais être vraiment blanc, car toute la lumière se rue sur lui et on ne voit plus le visage du comédien, alors qu’un costume noir, coupé dans un tissu mat, absorbera les projecteurs et rendra le personnage terne, car tous les noirs ne s’éclairent pas de la même façon. »

Pascale Bordet, « La magie du costume », éditions Actes sud, Paris, 2008, page 122

Enfin ce qui oppose un costume de scène d’un costume d’usage, c’est le système de mode qui régit les règles. Un costume de théâtre, bien qu’il soit le fruit d’une réflexion et d’un travail en fonction d’un texte, d’un contexte et d’une direction artistique précise, résulte d’une construction beaucoup plus libre. Le costume d’usage lui en revanche, doit suivre la mode et ses mœurs.

Sous l’autorité d’un système mondialisé, le vêtement du quotidien, programmé pour être vite obsolète, a étrangement une durée de vie à peine plus longue que celle du costume de scène.  Le marché du FAST-fashion, les périodes de soldes, les collections, les modes éphémères et rapides, programment le vêtement de ville avec une espérance de vie très courte avant d’être considéré comme démodé. En plus de cette vie cyclique, la mode impose, comme nous l’avons déjà vu, un système de codes à suivre afin de respecter les mœurs et les coutumes de la société. Donc paradoxalement, on nous offre une large gamme de vêtements, mais qu’on ne peut pas porter en toutes circonstances selon les lieux, les contextes et les usages, et ces vêtements doivent être remplacés au bout d’à peine un an afin de suivre les tendances.

Ce qui caractérise donc le costume de théâtre c’est la liberté de création dont il est issu. On peut se permettre en tant qu’artiste de concevoir un costume autrement et d’en faire un œuvre d’art. la scène est un lieu où n’importe qui peut être vêtu (presque) n’importe comment. Le rôle de comédien, de danseur, de chanteur ou autre, donne donc l’autorisation d’échapper aux règles du système de mode et de combiner matières, couleurs, motifs et autres vêtements/accessoires qu l’on ne verrait pas ailleurs.

D’ailleurs, l’idée de porter un costume qui s’écarte des normes de la mode est toujours aujourd’hui attribué aux artistes, comme si le fait de pratiquer un art donnait l’autorisation de porter un costume jugé original. Comme témoigne le dandy illustrateur Massimiliano Mocchia di Coggiola :

« Si je passe dans la rue, […] Ils me demandent :
– Vous êtes artiste ?
– Oui je suis artiste.
– Ah heureusement ! Je pensais que vous étiez fou.
– En effet oui peut-être. »

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20 ans de pianos forcés, Pascale Bordet, « La magie du costume », éditions Actes sud, Paris, 2008, page 30

Ici nous avons l’exemple d’un costume porté par Jean-Paul Farré en 1986 dans le rôle d’un prisonnier musicien. Ce costume portant une partition de J.-S. Bach est en fait un puzzle textile ; au bout d’un moment, l’acteur finit par déchirer son propre costume en 12 petits morceaux offrant ainsi des partitions de musique différentes. Ce même costume est reconstitué le lendemain par l’équipe de costume avant d’être reporté sur scène et déchiré à nouveau.  Cet exemple nous montre que le monde du spectacle offre un plus large éventail de possibilités au costume. Sur scène, le costume peut être destitué de son usage de vêtement afin de devenir un objet d’art plastique ou bien un objet destiné à la destruction tout simplement. C’est pour cette liberté de création que bon nombre de Grand-couturiers de Poiret à Lacroix, se sont formés d’abord dans le milieu du spectacle.

Que peut-on dire avec un costume de théâtre ?

Bien qu’on estime que le costume joue un rôle secondaire dans le jeu de certains acteurs, il fait office d’élément stable au sein des représentations. Alors qu’au fur et à mesure des représentations le jeu d’acteur et la mise-en-scène se modifient, le costume (sauf en cas d’exceptions) reste le même. Il assurerait donc le rôle de fil rouge de l’histoire de la pièce.

Représentatif de l’œuvre, le costume symbolise un message porté par la direction artistique. Nous en avons plusieurs exemples comme Marc Favreau (à gauche) et son personnage de Sol, clown sans-abris qui n’a pas d’autres biens que sa poésie qu’il partage sans distinction. Nous avons aussi le metteur en scène Alain Sachs qui n’hésite pas à revisiter le Bourgeois Gentilhomme de Molière (en haut à droite) en l’instaurant à l’époque actuelle, dans un magasin de sport, où défile toute la diversité des contre-cultures urbaines (des danseurs de rap aux musiciens gothiques en passant par Bollywood). Ou bien, nous avons Le mariage de Koutroulis d’Alexandros de Rizos Rangavis dont la version de 2012 au Théâtre National d’Athènes (en bas à droite) fait le choix d’une direction artistique carnavalesque avec des déguisements se voulant « grotesques » afin de symboliser l’envie de rire et de se changer les idées dans une Grèce au futur incertain.

Comment réaliser une séries de costumes ?

Le travail d’un costume de théâtre se fait selon plusieurs étapes :

Elle se fait d’abord par une lecture approfondie des textes avec une importance accordée aux didascalies qui apportent des précisions sur les comportements et les tenues des personnages. Ce travail de réflexion se fait également avec le metteur en scène pendant les 1ères répétitions. Ainsi les artistes proposent des jeux d’acteurs qui amènent le duo metteur en scène/costumier à se faire une plus précise idée du costume de chacun. La réflexion du costume se finit par des recherches approfondies au sein des illustrations, images d’archives, pièces de musées et autres œuvres culturelles touchant un peu à l’histoire de l’art ou à d’autres disciplines.

Après cette réflexion, la réalisation de la maquette se fait avec des choix de tissus, retranscrivant sur papier le costume visé par le costumier et le metteur en scène. Les prises de mesures sont effectuées sur les acteurs afin de connaitre à l’avance le métrage de tissu à prévoir, mais surtout à correspondre parfaitement à la morphologie des acteurs.

Les essayages constituent donc un moment important car le costume ne doit en aucun cas être un handicap pour l’acteur. Ces essayages sont faits à travers un « prototype » de costume fait à partir d’une toile simple. Il constitue un lot d’expérimentations et de questionnements autant pour le costumier que pour l’acteur : « Quel effet ça donne? », « Et qu’est-ce que ça fait si je bouge comme ça? », « Doit-on rajouter/retirer quelque chose? »

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Essayages dans l’atelier couture de Pascale Bordet avec Jean-Marie Bigard pour la pièce Le Bourgeois Gentilhomme de Molière, mis en scène par Alain Sachs, Paris, 2005 (Source: TF1 vidéo)

Enfin, vient alors la production : Coupe des tissus, assemblages, essayages et finitions. Certaines séries de costumes, notamment les costumes fantaisistes ou historiques, nécessitent la sollicitation d’une plus grosse équipe de couturiers/d’habilleurs.

Le choix des tissus se fait également en fonction du choix des lumières, car une lumière d’une certaine couleur ne reflète pas de la même façon sur un tissu. Une couleur a plusieurs variantes et peut donc rendre plusieurs effets de lumières. Il arrive que le costumier change toute une série de costume car la lumière des éclairagistes ne donne pas un bon rendu sur les costumes portés sur scène.

Bien que le travail du personnage face parti du jeu des acteurs et que ces derniers se doivent d’adopter le costume qui leur est attribué, le costume doit quand même être portable et confortable pour eux.

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Romane Bohringer (à droite), dans Embrassons-nous, Folleville ! , d’Eugène Labiche, mis en scène par Pierre Pradinas, costumes de Julien Silvéréano, Pépinière Théâtre, 2012 (Source : parisetudiant.com)

Je prends l’exemple de l’actrice française Romane Bohringer ci-dessus. Dans cette pièce, elle porte une robe style XVIIIème siècle : Corsage rigide, larges couches de jupons, paniers sur les hanches. J’ai eu l’occasion en 2012 de rencontrer le créateur de cette robe, Julien Silvéréano qui était costumier au Théâtre de l’Union à Limoges. Il m’a présenté deux robes identiques portées par l’actrice pour cette pièce et me raconta que durant cette tournée, l’actrice devint enceinte. La robe corsetée ne correspondait donc plus à un corps en grossesse, le costumier dû réaliser une robe ressemblant de loin à la première, mais remplaçant le corset par un bustier élastique avec un système de fermetures à glissières afin de mieux s’adapter à la nouvelle morphologie. Les deux robes se ressemblaient de loin mais présentaient une autre construction et un autre système de fermeture une fois qu’on s’approchait.

Épilogue :

Le costume de théâtre semble vivre en réaction avec le système de mode de la société dans lequel il évolue. Et même s’il est question d’un costume « historique », il aura toujours pour but de montrer une autre société telle que notre société à nous la voit.

Malgré sa relation avec la société, la Scène reste un lieu d’échappatoire vestimentaire afin d’échapper aux mœurs, pour mieux arborer un pouvoir de création plus original où le costume est conçu comme un art. Mais il ne s’agit pas là de faire de l’Art pour l’Art, il s’agit là de faire une œuvre d’art qui donne du sens et une signification à la pièce. Car le costume doit d’abord communiquer un message avant d’être « beau ».

Il doit communiquer sur le personnage, son âge, son état de santé, son rang social, sa profession, son état psychologique et sa progression dans le scénario. Ce sont ces prises en compte qui font du costume le distributeur des rôles des personnage dans une pièce. Même pour Roland Barthes, le costume de théâtre doit être considéré comme un langage.

Mais bien qu’il soit le produit d’une initiative artistique relevant de l’imaginaire, le costume obéit surtout à une logique de fabrication relevant d’un savoir-faire manuel et de la technique. Et même s’il il n’y a qu’un seul costumier qui dessine/coupe/assemble les costumes, ce travail se fait toujours en partenariat avec les metteurs en scènes, les acteurs, les régisseurs, des décorateurs et accessoiristes et j’en passe.

Le costume de théâtre naît d’un travail collectif.

Par contre là je me rends compte que je ne vous ai pas parlé de l’Histoire du costume de scène……………….. ni même de la figure même du costumier…bon…..on va dire que ce sera pour une prochaine fois.

Bibliographie :

  • BARTHES Roland, « Les maladies du costume de théâtre », Théâtre populaire, 1955
  • BORDET Pascale, « La magie du costume », éditions Actes sud, Paris, 2008
  • BORDET Pasacle, Bouquet Michel, « Habiller l’acteur », Éditions Actes Sud, Paris, 2014
  • (Collectif) DOUMERGUE Didier, VERDIER Anne « Le costume de scène, objet de recherche », Lampsaque, 2014
  • (Collectif) VERDIER Anne, ROCHE Daniel, GOETZ Olivier, « Art et Usages du costume de scène », Lampsaque, 2007

Une réflexion au sujet de « C’est quoi le costume de théâtre ? »

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