La Haute-couture, partie 1 : Premiers liens entre habit et célébrité.

Et si on parlait de Haute-couture?

Les 70 ans de la maison DIOR qui se sont déroulés au musée des arts décoratifs à Paris le 12 février 2017 nous replongent dans le parcours d’un des couturiers français les plus célèbres d’Occident. D’après la source, près de 3 000 mètres carrés ont étés investis dans une scénographie mettant en scène plus de 1 100 habits, objets et photographies consacrés à Christian Dior (Voir collection au Palais Galliera).

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Christian Dior 1905 -1957 (Source: im2editorschoice.wordpress.com)

Mais comment la Haute-couture contemporaine fut conçue ? A-t-elle toujours été ainsi ? Comment s’est-elle construite et à travers quoi ? Et pourquoi l’associe-t-on autant avec le milieu des stars et des artistes ?

À travers l’importance accordée à une discipline et un corps de métier qui vont « bien au-delà du vêtement », il serait intéressant de nous interroger sur ce qui définit la Haute-couture.

Une imagerie luxueuse:

La Haute-Couture relève tout une imagerie en elle même. Déjà on la distingue de la couture que l’on considère plus aujourd’hui comme un simple métier ou même un savoir-faire associé au bricolage. La Haute-couture (Toujours avec un grand « H ») est considérée comme « un corps de métier professionnel » au service du Luxe. C’est donc un métier au service de l’ostentation, du superflu et réservé à une couche de la population très aisée. D’ailleurs lorsqu’on parle d’un couturier au masculin, le cliché évoqué au sein de l’imaginaire collectif contemporain est associé à celui du styliste, porte-parole d’une grande maison de couture, habillant de jolies femmes pour de grands défilés. Et lorsqu’il est question d’une couturière au féminin, l’image qui revient le plus serait celle d’une ouvrière ou d’une artisane dans un atelier, faisant des ourlets à la machine et exécutant des commandes.

C’est pour cette raison que lorsqu’on qu’on parle d’un créateur ou d’un directeur d’une illustre maison, on emploie le terme de « Grand couturier« .

La Haute-couture pourrait donc être considérée comme synonyme de hiérarchisation et de rapport à la « grandeur ». Et surtout, elle entretient une relation privilégiée avec la sphère des stars, des artistes les plus renommés, des personnalités médiatisées, bref à la Bourgeoisie culturelle. Cela peut concerner les actrices hollywoodiennes, tout comme les épouses de chef d’états mais aussi depuis très récemment  les blogueuses, les influenceurs et autres vidéastes qui se créent une renommée sur les réseaux sociaux. Mais ça, c’est une autre histoire.

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Nicole Kidman portant un modèle de robe Dior présenté parJohn Galliano lors de la collection printemps-été 2009 (Source: Elle.fr)

On l’aura donc compris, la Haute-couture s’exprime à travers la sphère des célébrités et vice-et-versa. Et tout ceci remonte à loin, jusqu’à la création même du concept de la Haute-couture. Et pour ça, il faut faire un peu d’histoire (encore).

Le XIXème, un siècle qui coud:

Le commencement officiel de la haute-couture contemporaine démarrerait avec la Révolution Industrielle. Le milieu du textile est le premier à bénéficier de la mécanisation dés le début des années 1800. Le rapport au vêtement change donc radicalement car l’industrie augmente la production, l’offre, et également la demande. Le principe du prêt-à-porter s’impose de plus en plus. Ainsi, la Mode se diversifie, devient plus accessible et participe à la transformation du rapport au vêtement.

La Haute-couture du XIXème siècle est dictée par l’aristocratie et à travers elle. les cours royales et les familles de monarques sont considérées (même encore aujourd’hui) comme des modèles à suivre. Il est donc logique d’observer une forte collaboration entre la noblesse et la sphère des couturières et des couturiers. D’illustres maisons de couture comme la maison Félix proposent des croquis et des dessins de base aux clientes afin d’avoir leur avis pour réaliser ensuite les robes en question.

Bien qu’il existait d’autres maisons de coutures, fournisseuses officielles des monarques,  l’Histoire de la Mode (ou la Mode Mémorielle) associe plus les début officiels de la Haute-couture à monsieur Charles Frederick Worth considéré comme l’un des premiers Grand-couturiers les plus renommés. Et bien que son statut d’inventeur de la Haute-couture soit considéré comme étant exagéré, sa politique commerciale ainsi que sa patte artistique marque les esprits de l’époque.

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Charles Frédérick Worth 1825-1895 (Source: Wikipédia)

L’exemple de Worth :

Marchand de textile anglais à la base, il s’installe en France en 1845 et ouvre sa propre entreprise dans le secteur de la couture. Après s’être fait remarqué pour son travail au sein de la cour parisienne dés le début des années 1850, il est réclamé pour habiller l’Impératrice Eugénie de Montijo elle-même. La particularité de Worth dans son travail de couture est le fait qu’il laisse d’abord son inspiration parler même si il s’agit d’une commande pour des clientes. Il n’agit plus en tant que simple artisan exécutant mais en tant qu’artiste.

Pour promouvoir son image au sein de sa clientèle, il se forge un personnage d’artiste extravaguant au style vestimentaire excentrique. Il participe également à des soirées costumées à thème où il se rend avec des tenues orientales, ce qui affirme auprès de la bourgeoisie et de la noblesse son capital culturel en plus de sa science des tissus. Le vêtement permet à Worth de se construire une réputation d’artiste créateur. Il propose en plus de cela, plusieurs modèles de manches, de bustiers, de jupes avec de possibilités de combinaison des matières et des motifs, ce qui donne le choix de personnaliser les robes ainsi que le sentiment aux clientes d’avoir LA tenue originale. Mais il propose aussi la diffusion gratuite de patrons dans les revues de modes, permettant à des clientes aux revenus plus modestes, de s’offrir des tenues de chez Worth. Sa renommée au sein des cours européennes est telle qu’après la chute du 2nd Empire, ce sont même de riches américaines qui se déplacent pour le consulter, Worth étant britannique de base, il joue sur sa polyvalence linguistique afin d’entretenir des rapports commerciaux outre-Manche et outre-Atlantique.

Ensemble tout en satin brodé de pétales en chrysanthèmes avec revers de col et manches bouffantes en velours, 1893 ( Sources : MARTIN-HATTEMBERG J.-M., OLIVIERI F., TÉTARD-VITTU F., TRUBERT-TOLLU C. « La maison Worth 1858 – 1954 Naissance de la Haute Couture », Éditions de la Bibliothèque des Arts, Londres, 2017, p. 145 )

La Scène, première vitrine du couturier :

Durant tout le XIXème siècle, ce corps de métier s’étend et sa publicité se manifeste principalement à travers deux médias. D’un côté la Presse papier (exemple du journal Le Figaro) et de l’autre, le Théâtre. Le principe de défilé de mode quant à lui, naît tout juste à cette époque et connaît un plus gros succès à partir du XXème siècle. L’implication du Théâtre dans la Haute-couture joue une grande importance car pour beaucoup d’historien(ne)s de la Mode, cette implication apporte aux couturiers en plus d’une publicité gratuite, une plus grande liberté de création.

En effet, que ce soit pour un opéra, un ballet avant-gardiste ou un drame historique, le théâtre constitue pour le couturier un espace de libertés ainsi qu’un moyen de s’échapper des contraintes de la mode, des mœurs et même de la morale.  Il est donc logique que le créateur côtoie dans ce milieu, des icônes du Théâtre et des intellectuels. Ces icônes artistiques sont réputées pour leur personnage osé et leur désir de toujours étonner, de toujours faire parler d’elles de n’importe quelle façon. Ces icônes-là prendront petit à petit le titre de « divas » et parmi elles vous l’aurez deviné, se trouve Sarah Bernhardt. Ces « monstres sacrés » collaborent avec ces couturiers-costumiers et se font lever des habits originaux que ce soit pour la scène comme pour la ville.

Cette collaboration connaît un succès auprès des publics friands de mode. Certains articles de presse spécialisés parlent d’abord de la tenue d’une actrice plutôt que du jeu de cette dernière lors d’une critique d’après-séance. Ainsi l’actrice devient rapidement une référence en mode et le théâtre devient l’équivalent d’un défilé de Haute-couture.

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Manzi, Joyant & Cie,  Le Théâtre, revue n° 134, juillet 1904, p.1

Cet publicité le démontre à travers la première chose que nous pouvons lire en haut:

« La perruque de Madame SARAH BERNHARDT dans « Varennes » à été faite par W. CLARKSON perruquier et costumier de S. M. le roi Edouard VII d’Angleterre et des familles royales d’Angleterre, de Russie, d’Allemagne, etc., etc. »

Ce paragraphe montre que le produit en question, la perruque de Sarah Bernhardt, est mis en valeur par le fait qu’elle a justement été portée par la célèbre tragédienne. De plus, on voit que l’artisan en question fournit les grandes familles royales d’Europe mais la publicité place le prestige de l’artiste avant le prestige de ces mêmes familles. Et bien que le roi Edouard VII d’Angleterre soit encore aujourd’hui considéré comme un porte parole de l’élégance masculine dans son époque, il est mis de côté face à l’actrice dont une illustration trône au milieu de la case avec à côté, des citations de la tragédienne complimentant l’artisan. Les artistes de la Scène sont donc de meilleurs apôtres de la Mode que les souverains et les créateurs en sont les bras droits.

Ainsi la popularisation du couturier/costumier se commercialise à travers les artistes et le retentissement de ces mêmes artistes par la presse et les critiques.

Conclusion :

Il est important d’insister sur le contexte du XIXème siècle et de prendre en compte tous les facteurs suivants pour parler de la Haute-couture : L’industrialisation, l’économie libérale, les différentes couches sociales, la multiplication des théâtres, le mécénat, le vedettariat, l’importance accordée à l’individu et au luxe, l’essor de la liberté de la presse ou encore la publicité. Tous ces facteurs sont à prendre en considération afin de mieux se pencher sur cette discipline.

Ils sont importants également pour éviter de considérer les grands-couturiers et autres artistes comme des « génies aux destins mythiques ». Cette lecture là est une lecture romancée ne parlant pas de l’Histoire de la Mode mais d’une Mode Mémorielle, bien plus romancée et séduisante mais qui met de côté beaucoup de facteurs permettant de mieux comprendre un phénomène. Il est donc vital d’aborder le sujet à travers d’autres angles de vues et en prenant en compte d’autres contextes.

La Haute-couture se définit donc à travers les différents paramètres énoncés et contribue à un paysage culturel. Elle participe au maintien d’un imaginaire fait de personnalités, de toiles et de broderies mais elle se construit également à travers des choix purement économiques, politiques et culturels.

La suite sera pour une prochaine fois et je vous parlerai de l’évolution de la haute-couture au XXème siècle, période faste des Grands-couturiers.

Sources:

  • (Collectif) Centre de Recherches de l’Institut Français de la Mode, « Mode de recherche n°16 », Publication semestrielle, juin 2011
  • (Collectif) VERDIER Anne, ROCHE Daniel, GOETZ Olivier, « Art et Usages du costume de scène », Lampsaque, 2007
  • MARTIN-HATTEMBERG J.-M., OLIVIERI F., TÉTARD-VITTU F., TRUBERT-TOLLU C. « La maison Worth 1858 – 1954 Naissance de la Haute Couture », Éditions de la Bibliothèque des Arts, Londres, 2017
  • Milleret Guénolée, « Haute Couture, Histoire de l’industrie de la création française, des précurseurs à nos jours », Eyrolles, Paris 2015
  • Monneyron Frédéric, « La sociologie de la mode », 2e éd., Paris, Presses Universitaires de France, Que sais-je ?, 2010
  • SaillardOlivier, Zazzo Anne, « Paris Haute Couture », Editions Skira Flammarion, Paris, 2012
  • Zajtmann David, « 1858-1929 : l’âge d’or de la Haute Couture en France« , ifmparis.blog.lemonde.fr, publié le 07/02/2013

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